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RWANDA : LUMIERE DE LA VRAIE RECONCILIATION (PART 3)

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Bonjour cher(e)s auditrices et auditeurs, et bienvenus dans cette 3ème partie de l’émission RWANDA : LUMIERE DE LA VRAIE RECONCILIATION qui vous est présentée par MUSOMESHA Aloys, médiateur responsable du Projet DVJP, Guide de la Réconciliation pour la Paix par le Droit, la Vérité, la Justice et le Pardon.

Je rappelle que dans 1ère partie j’avais présenté un bref résumé du livre que j’ai publié en janvier 2022 sur la fin de l’exil des rwandais. Et, dans la 2ème partie j’ai lancé un appel pour la prise de conscience du fait qu’il est nécessaire de travailler sur le thème des droits humains et la réconciliation pour la résolution et la prévention des conflits. C’est pourquoi aujourd’hui je viens vous parler de la médiation, un nouveau modèle de justice qui favorise cette réconciliation.

La justice de la médiation restaure la confiance

Dans un conflit quelconque, la rupture des relations entre les personnes se manifeste souvent par la suspicion et la méfiance. Quand le différend qui les oppose est porté en justice devant les juges et que le jugement est rendu, la partie qui perd le procès garde toujours rancune contre son adversaire gagnant. L’instance judiciaire ne facilite donc pas le dialogue entre les parties, puisque cela n’est pas son rôle. Le travail des juges ne peut donc pas restaurer la confiance entre les justiciables. Le juge décide celui qui a tort ou raison en se référant aux lois en vigueur qu’il doit appliquer dans le cas d’espèce qui lui est soumis.

La médiation, elle, est un mode complémentaire de règlement des différends qui permet aux parties de renouer la communication qu’elles ont rompue et de rétablir aussi les liens sociaux. C’est un processus qui ouvre un espace neutre, situé au milieu des parties, dans lequel celles-ci peuvent s’exprimer librement, révéler dans la discrétion les choses qu’elles ont cachées – ou peuvent cacher – aux juges et même à leurs avocats, cela grâce à la méthodologie du médiateur. Au fur et à mesure que le processus de médiation avance, la méfiance s’estompe et la vérité s’installe tout doucement.

On peut donc affirmer que le mensonge est le pire ennemi de la confiance. Les parties choisissent un médiateur parce qu’elles ont confiance en lui, de part les bonnes qualités liées à sa fonction – la neutralité, l’écoute, l’impartialité, l’indépendance, la discrétion – et la confidentialité du processus de médiation. Le médiateur doit donc s’assurer d’avoir l’entière confiance des protagonistes qui, par leur soif de paix, l’encouragent dans sa tâche. Il garde aussi sa confiance à leur égard : il croit en leur capacité et leur volonté de s’approprier le conflit pour trouver un accord [1]. Dans toutes les cultures, on peut recourir à la médiation pour tous les types de conflit. Comme la justice ordinaire, il existe donc plusieurs types de médiation, suivant les différents domaines de la vie sociale et les conflits en cause. La médiation peut être civile, familiale, pénale, sociale, scolaire, locale, politique, administrative, etc.

Cas du Rwanda

Le Projet pour la Réconciliation et la Paix DVJP[2] propose à la communauté rwandaise son programme « Médiation & Justice réparatrice » pour qu’elle puisse résoudre, notamment, ses conflits ethnopolitiques. En effet, il existe, entre certains rwandais, un climat de suspicion (urwikekwe) et de méfiance (ukutizerana, kwishishanya), qui est alimenté par les préjugés liés à la différence des fausses ethnies Hutu-Tutsi-Twa, des mouvances politiques ou d’opinions en rapport à la responsabilité, dans les drames rwandais, des membres de leurs groupes respectifs. Cette diversité devient une source de mésentente au lieu de favoriser la cohabitation. Comment comprendre cela ?

Il faut constater que depuis plusieurs années, certains rwandais, tous groupes ethnopolitiques confondus, ont été impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans les délits et les crimes à caractère ethnopolitique, mais n’ont jamais été poursuivis par la justice. Parce qu’ils ont été protégés par le pouvoir politique qui approuvait manifestement leurs actes, même avec des voies légales. Les exemples sont nombreux. Encore aujourd’hui, les victimes ne peuvent pas oser dénoncer ces individus, par peur des représailles ou parce que ces poursuites, avec le système toujours en vigueur, n’aboutiront à rien. Les responsables de ces actes délictueux ou criminels, n’ayant pas reconnu le mal qu’ils ont fait, se méfient aussi de leurs victimes parce qu’ils craignent qu’elles pourront se venger un jour ou l’autre. D’autres rwandais, manipulés par des idéologies politiques discriminatoires, avec des préjugés racistes ou « ethnistes », ne se rendent pas compte de leur complicité tacite avec les responsables de ce système qui divise leurs compatriotes. Ils manquent le courage de résister à cette manipulation et n’ont pas l’inquiétude qu’ils pourront être poursuivis en justice. Cette injustice divise encore le peuple rwandais et mécontente les victimes. Celles-ci, par résignation, choisissent le désespoir.

Comment, dans de telles situations, sans connaître la vérité, ces victimes peuvent faire confiance à la justice – influencée à son tour par la politique – et se réconcilier vraiment avec leurs bourreaux ? Il faut avouer que cela est très difficile, voire même impossible dans ce système actuel.

Comment pouvons-nous alors contribuer au changement de ce système qui divise ? On peut éviter que cette situation perdure en envisageant d’autres solutions pour préparer un meilleur avenir des générations futures. Il ne faut pas fuir nos responsabilités en prétendant que ce sont ces nouvelles générations qui trouveront des solutions plus tard à nos différends qu’ils auront hérités. Peut-être que nos parents et nos ancêtres disaient cela aussi ! Au moins, nos descendants termineront le projet que nous aurons commencé.

Osons donc accepter de faire un examen de conscience et changer ces mauvaises mentalités. La société civile et les cultes doivent jouer un rôle important. Il ne faut pas tout attendre des juges – nationaux ou internationaux – et des politiciens. Les juges ne peuvent pas s’occuper de tous les conflits ni rétablir la confiance entre les protagonistes et les politiciens ne règlent pas les affaires de la justice. Chaque citoyen devrait participer activement à l’établissement d’une bonne justice pour tous et la médiation est l’un des meilleurs moyens d’y parvenir. Le peuple rwandais doit croire qu’il est capable de régler lui-même ses conflits. Des groupes ou des associations peuvent organiser des espaces communautaires de dialogue où les membres discutent librement, avec franchise et sérénité, des causes qui sont à l’origine de ces tensions ethnopolitiques [3]. Un travail totalement indépendant de celui des instances judiciaires et politiques, mais complémentaire.

A travers le dialogue et la médiation, les victimes découvriront la vérité. Pour cela, ce projet DVJP appelle à une mobilisation apolitique des citoyens pour qu’ils s’engagent à lutter contre l’intolérance et à promouvoir la culture de la paix, en vue de créer un nouveau système juridique et politique, efficace et moderne, qui encourage et favorise le respect mutuel, rétablit la vérité par la communication, le dialogue et le climat de confiance au sein de la communauté rwandaise.

Même si, comme tous les autres peuples ayant été colonisés, la justice traditionnelle rwandaise a été « modernisée » par des règles juridiques issues des cultures étrangères de la civilisation occidentale, il faut regretter que la médiation a été écartée du système interne en tant que mode de règlement des conflits qui, pourtant, tenait compte de la vie communautaire. Depuis bien des années, la justice des juges et les droits humains universels, sont en crise. Une crise grave. Il faut le reconnaître. Pour faire face à cette crise du système, il faut, dans la modernité, restaurer cette institution de la médiation pour retrouver la vraie justice et la réconciliation authentique pour tous.

A ce sujet, dans sa Déclaration des principes fondamentaux de justice relatifs aux victimes de la criminalité et aux victimes d’abus de pouvoir, adoptée dans sa résolution 40/34 du 29 novembre 1985, l’ONU recommande d’ailleurs que « les moyens non judiciaires de règlements des différends, y compris la médiation, l’arbitrage et les pratiques de droits coutumiers ou les pratiques autochtones de justice, doivent être utilisés, s’il y a lieu, pour faciliter la conciliation et obtenir réparation pour les victimes. »[3]

En cas de violation des droits humains, il est essentiel que ces derniers soient renforcés par les droits à la réconciliation pour que l’individu ne soit pas contraint de recourir à la révolte, à la vengeance ou à la récidive.

Je vous remercie pour votre aimable attention. Que la paix soit avec vous !


[1]    Pour plus d’informations, lire aussi : MUSOMESHA A., La confiance par le processus de médiation, travail réalisé pour la spécialisation en médiation pénale, scolaire et locale, UCL/FUSL, Bruxelles, 2010.

[2]    Projet pour la Paix et la Réconciliation par le Droit, la Vérité, la Justice et le Pardon – Umushinga w’ubwiyunge bunyuze mu mategeko, mu kuri, mu butabera n’imbabazi. Son programme: Médiation et Justice réparatrice – Gahunda y’ubutabera buhuza abantu bukanabunga – avec le sigle  »R » symbolisant la Réconciliation, poursuit trois objectifs: la Réparation de la victime, la  Responsabilisation de l’auteur et le Rétablissement de la paix sociale. Les valeurs essentielles de la justice réparatrice sont l’humilité et le respect.

[3]      Déclaration des principes fondamentaux de justice relatifs aux victimes de la criminalité et aux victimes d’abus de pouvoir, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies dans sa résolution 40/34 du 29 novembre 1985. Voir aussi: Office des N.U. sur la drogue et le crime, Manuel sur les programmes de justice restauratrice, 2008, page10.; la Résolution E/2002/30 du Conseil économique et social des N.U., les Principes fondamentaux relatifs au recours à des programmes de justice réparatrice en matière pénale, 2002